2.1 - Réaliser le diagnostic pour décrire le site et le comprendre

































Points de vigilance – Aire d’étude de l’état des lieux

L’aire d’étude de l’état des lieux peut-être amenée à dépasser l’enveloppe de l’ENP, par exemple dans le cas de relation fonctionnelle entre une zone humide riche en amphibiens et son bassin versant, non inclus dans l’ENP mais zone d’hivernage des amphibiens.

Et pourquoi pas ? – « Allègement » du plan de gestion

Afin d’alléger le plan de gestion, il est recommandé de constituer l’état des lieux dans un document distinct à enrichir et à mettre à jour au fur et à mesure des suivis et des révisions. La forme « classeur » permettra de le tenir à jour et de conserver les archives. Ainsi, 2 tomes peuvent constituer le plan de gestion :

-Tome 1 : Etat des lieux
-Tome 2 : programme d’actions (partie stratégique et opérationnelle).


























Points de vigilance

- Bien cibler les finalités du type d’ENP (cf. Fiche logique d'élaboration du plan de gestion) afin de mener l’ensemble des diagnostics adéquats pour l’état des lieux et sans superflus (e.g. pas de diagnostic d’accueil du public si l’ENP n’a pas cette vocation).

- La déclinaison de l’ensemble des éléments qui peuvent être considérés dans un état des lieux ne veut pas dire qu’il faut systématiquement mobiliser et étudier chacun de ces aspects : il faut adapter le choix des rubriques à traiter à chaque site en fonction de sa pertinence vis-à-vis des enjeux.

- Les interactions entre les différents piliers de l’état des lieux que sont les aspects écologiques, sociaux et économiques complexifient notablement les choix de gestion qui se feront dans la suite du processus et renforcent ainsi le besoin d’échanger, de communiquer et de concerter (cf. fiche 1.3 et fiche 7.1).

Cf. CT n° 79, partie A.1. pour les éléments précis propres aux RN

Réglementation

Pour les RN, la superficie à communiquer est celle figurant dans l’acte de classement. Le plan de gestion peut cependant parfois aller au-delà des limites réglementaires dans des cas bien particulier et qu’il faudra justifier (terrains du CEL adjacents par exemple).

Où chercher, à qui s’adresser ?

- Données sur les zonages réglementaires et d’inventaires, et périmètres environnementaux : application de cartographie interactive du MEDDE : CARMEN (disponibles à partir des sites des DREAL)

- Données sur les infrastructures routières, ferroviaires : IGN Scan 25, le cadastre : Géoportail

- Données sur la planification et l’aménagement du territoire : les sites des préfectures, DDT, des agences de l’eau…

- Forêts relevant du régime forestier : Données publiques sur www.onf.fr














Points de vigilance

Bien cibler la nature et la précision de l’information pertinente pour gérer le site :

⇨ Le but n’est pas de faire une longue partie exhaustive avec des informations comprises seulement par les spécialistes. Il est primordial de garder une vision opérationnelle et de faire figurer seulement les éléments essentiels pour la compréhension de la fonctionnalité du milieu.

Où chercher, à qui s’adresser ? – Etat des lieux

- Données sur la géologie : BRGM (Carte géologique au 1/50000e du BRGM et sa notice.)
- Données sur l’hydrologie/ hydrographie : eaufrance
- Données sur la pédologie : DONESOL
- Données sur la topographie : Cartes IGN Scan 25 accessibles via Géoportail
- Données sur le climat : Météo -France
- Site de recherche sur différents types de données géographiques : ADéLie
- Données sur les sites pollués : BASOL et BASIAS
- Informations sur les sites archéologiques : DRAC









































Points de vigilance

En fonction du patrimoine naturel pressenti, il peut être pertinent de considérer l’ensemble des habitats et pas seulement les « végétations ». Par exemple, du bâti, des cavités ou encore du bois mort peuvent constituer des habitats pour des chiroptères, certaines espèces d’oiseaux cavernicoles etc.


















Facteurs d’influence
cf. Fiche 3.2

Etat de conservation
cf. Fiche 2.2

Réflexion – Diagnostic écologique

- Quels sont les principaux habitats présents et leurs liens entre eux et avec ceux à proximité ?
- Quels sont les cortèges d’espèces associées, et éventuellement les espèces parapluies de ces cortèges, qui soient par ailleurs les plus faciles à suivre pour orienter les suivis ?
- Quel est le degré de sensibilité et de dégradation des habitats, des populations d’espèces, et des fonctionnalités ?
- Quelle est la tendance évolutive des différents éléments du patrimoine naturel et fonctionnalités ?

Et pourquoi pas ? – Place du diagnostic écologique

Certains préfèrent présenter le diagnostic écologique avant le diagnostic socio-économique et le diagnostic paysager, d’autres préfèreront le contraire. Le paysage peut-être introductif comme il peut être vu comme une synthèse ou un résumé. Il n’y a pas d’ordre de présentation prescrit ici. L’ordre est à définir en fonction du site et de sa réglementation, du gestionnaire ou du maître d’ouvrage ou du propriétaire : bref, de l’instance de gouvernance et/ou des recommandations du réseau d’ENP considéré.




































Points de vigilance

Si elle existe, mettre en avant la relation entre le développement d’une activité ou d’un usage et les éléments abiotiques (e.g. nature des sols et de la roche). En effet, cela permet de mettre en perspective les relations entre les facteurs abiotiques/habitats naturels/ activités humaines.

Evaluation

L'identification des leviers sur lequel le gestionnaire peut intervenir au travers du diagnostic socio-économique est important pour l'évaluation, car elle permettra d'appuyer la distinction entre les compétences du gestionnaire et l'atteinte des objectifs (qui n'est pas seulement liée à la gestion mise en œuvre sur site par le gestionnaire, mais bien également à des facteurs externes qu'il ne peut pas contrôler, cf. fiche 3.2).









































Où chercher ? – Eléments paysagers

- Des informations sur les unités paysagères liées aux reliefs et infrastructures peuvent être récoltées sur les sites d’atlas paysager départementaux et/ou régionaux (e.g. Atlas des paysages du Languedoc-Roussillon).
- Des informations déjà existantes sur la valeur paysagère peuvent être éventuellement retrouvées dans des études paysagères existantes ou études préalables de site classé.

Points de vigilance

Le « diagnostic paysager » est à distinguer de « l’approche paysagère » dans l’élaboration du Plan de gestion, tel que proposé par le CdL (cf. Guide paysage, et fiche exemple). En effet, cette approche se démarque de l’approche scientifique et technique par l’intégration de la dimension sensible dans le processus d’analyse et de projet. Elle se base sur une culture collective et partagée du paysage construite notamment grâce aux expressions artistiques (tableaux, dessins, photographies, grands textes...). Cette approche complète ainsi l’analyse paysagère en termes visuels en intégrant les aspects de représentation, d’attachement au site des usagers, etc.


Des outils et des hommes – Schéma d’accueil

Lorsque la vocation d’accueil du site figure parmi les priorités d’orientations de gestion pour un ENP, certains gestionnaires réalisent un document distinct du plan de gestion, soit un Schéma d’accueil du public (e.g. CG 35, EDEN 62, CEN…). Celui-ci est ainsi plus étoffé et détaillé sur les aspects d’aménagements, de communication spécifique etc., et cette mise à part permet d’alléger le plan de gestion. Il peut également faire appel à une démarche concertée menée à l’échelle d’un territoire.

Points de vigilance – Accueil du public

- Penser à prendre en compte les aspects de mise en sécurité sur l’ENP pour les secteurs ouverts au public (cf. par exemple le CT n°75 de l’ATEN portant sur les aspects de sécurité, assurances, responsabilités, ou encore le cahier technique du CEN RA « Accueillir le public » pour un accompagnement transversal dans la démarche d’accueil du public).
- Penser à l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap ou personnes âgées (e.g. CT n°85 et n°62 de l’ATEN, ou sur les sites littoraux, le guide du CdL). Il peut être pertinent de convier l’un/ des représentant(s) d’associations dans le cadre de la consultation et/ou concertation afin de les intégrer dès la phase d’élaboration du plan de gestion, et ainsi estimer la faisabilité des aménagements. Un tel partenariat permet d’éviter l’écueil d’une accessibilité mal pensée et mal réalisée qui sera finalement non effective.

N.B. : tout travaux susceptibles de modifier l’état ou de l’aspect d’une RN sont en principe interdits mais peuvent faire l’objet d’une autorisation spéciale du préfet si les travaux sont prévus par le décret de classement.

mise à jour: 10/07/2015

 

Objectif : dresser un portrait de son site et de son contexte local et régional puis l’analyser pour comprendre son fonctionnement et bien identifier ses enjeux.

Un espace naturel n'est pas une île : il est intégré au sein d'écosystèmes, en étroite relation avec d'autres espaces et au sein de zones d'activités humaines. Aussi, des éléments tels que l'hydrographie ou la pédologie d'un site peuvent constituer des informations précieuses et essentielles pour comprendre l’organisation des habitats naturels et des espèces sur le site, le fonctionnement des écosystèmes et appréhender leur évolution. L’état des lieux, à la fois descriptif et diagnostic, doit fournir l’information nécessaire pour la définition d’une gestion cohérente et efficace.

Il ne s’agit donc pas d’une simple compilation d’éléments mais bien d’intégrer des informations et des analyses qui permettent d’identifier et de hiérarchiser les enjeux de l’espace naturel (étape suivante du plan de gestion).


Pourquoi réaliser un état des lieux ?

L’objectif de cette étape est de rassembler l’information existante sur l’ENP et sa périphérie d’influence (aire d'étude), qui permettra de comprendre le site grâce à son analyse : connaître les composantes, comprendre son développement et son fonctionnement… La récolte de l’information se fera notamment au travers de la sollicitation d’acteurs locaux. Cette information doit faire état des tendances connues et des évolutions prévisibles, à la fois pour les éléments écologiques mais aussi pour les usages et contextes. Le volume de état des lieux est très variable, sur les nouveaux ENP, peu prospectés par les naturalistes, l’ensemble des données sera contenu dans le PG, à l’inverse, les sites bien étudiés, dans leur Xe plan de gestion, n’intégreront que la partie synthétique des diagnostics. Concernant le premier plan de gestion pour les sites relevant de protection réglementaires (RN, APPB, RNCFS, RBD/RBI…), les éléments sur lesquels se baser pour l’état des lieux sont directement issus du dossier de création qui a justifié la mise en place de l’ENP. Pour les plans de gestion suivants, de nouveaux éléments pourront émerger suite aux inventaires (pour les aspects écologiques) ou a des modifications du contexte de l’ENP (aspects socio-économiques voire administratifs).


Une démarche descriptive et analytique transversale

L’état des lieux correspond à une approche descriptive, analytique et évolutive du site. Il doit être objectif, et l’analyse argumentée. Rassemblant les différents diagnostics nécessaires à la bonne compréhension du site, il est la base pour définir les enjeux puis les objectifs constituant la stratégie de gestion et un programme d’action efficients.

La démarche d'élaboration est transversale à plusieurs diagnostics :

  • Inventorier (orienter les études de terrain en fonction des données déjà disponibles) ;
  • Analyser pour dégager des enjeux ;
  • Partager les connaissances.

Dans tous les cas, la réalisation de l’état des lieux doit être centrée sur la question « qu’est-ce-que l’on doit conserver  ou restaurer ? »

Réglementation et obligations - Pour les RN, il est plutôt recommandé de produire un premier document qui soit un « Etat des lieux », purement descriptif et sans analyse. Ce document descriptif pourrait être régulièrement alimenté des nouvelles connaissances. L’analyse, et la synthèse des diagnostics, seraient quant à elles intégrées au document présentant le programme d’actions. Pour les Réserves naturelles on aurait donc :

- Tome 1 : Etat des lieux
- Tome 2 : Plan de gestion


Après une présentation des informations générales à communiquer sur l’ENP sont présentés les différents diagnostics et leurs articulations respectives :

Diagnostics fondamentaux :

  • Diagnostic abiotique (patrimoine géologique, climat, etc)
  • Diagnostic biotique : patrimoine naturel, fonctionnement écologique
  • Diagnostic socio-économique
  • Diagnostic de gestion passée et actuelle (en fonction des contextes : statut, taille, complexité du site, type de document de gestion etc., cette partie peut figurer comme une composante du diagnostic socio-économique du site, cf. ci-dessous).
  • Diagnostic relatif à l’accueil du public et à l’intérêt pédagogique

Diagnostics complémentaires selon les besoins de l'ENP :

  • Diagnostic paysager
  • Diagnostic territorial
  • Diagnostic historique et culturel (possibilité de l’intégrer au niveau d’autres diagnostic en fonction de l’opportunité : e.g. diagnostic culturel au niveau du diagnostic socio-économique comme dans le cas des réserves par exemple)
  • Diagnostic de défense (sur les terrains militaires ou en cas de présence d’activités militaires sur le site en particulier sur les sites marins)

Il est important de rédiger des synthèses reprenant les points clés en fin de chaque diagnostic. A l’issue du diagnostic, ces éléments faciliteront ainsi l’établissement d’une synthèse des enjeux et leur hiérarchisation.

L’aspect synthétique de la conclusion est essentiel à sa bonne appropriation et à la prise de position sur la stratégie de gestion aux étapes suivantes.

Certains aspects pratiques et méthodologies nécessitant plus d’approfondissement figurent quant à eux dans les fiches techniques dont les renvois sont fournis au sein des différentes parties idoines.

Informations générales sur le site

Objectif : Le but de cette partie est de situer l’ENP dans son contexte historique, juridique, administratif et environnemental.

Contenu : Il est ainsi suggéré de donner des informations :

  • Intrinsèques au site : afin de présenter son statut précis de protection juridique, sa réglementation, ses éventuelles modifications de classement (extension du périmètre, déclassement de certaines parties, modification de la réglementation), les faits historiques ayant marqué le site (ancienne gravière, anciens vergers de châtaigniers, exode rural…), ainsi que sa superficie et localisation (voire en fonction des données disponibles et de la taille du site, du régime foncier) ;
  • Relatives au contexte du site qui s’inscrit dans un territoire et relève potentiellement de plusieurs stratégies de protection de la nature, afin de brosser la situation aux différentes échelles pertinentes :
    • administrative (à différentes échelles, e.g. régionale/départementale/intercommunale…) ;
    • environnementale : localisation par rapport aux zonages d’inventaires, périmètres réglementaires, fonctionnalités existantes, TVB…, insertion dans les stratégies, réglementations et engagements à plus larges échelles ;
    • de gouvernance (propriétaire et gestionnaire du site a minima, mais également si opportun : les autres structures impliquées dans le pilotage de la gestion) ;
    • de planification et aménagement du territoire (autres documents, plans ou outils présents : documents d’urbanisme, PLU, SCoT, SRCE, SAGE, plan simple de gestion forestière, aménagement forestier, programme d'aménagement et charte de parc national, charte de parc naturel régional, PAPI, mais aussi documents de planification aéroportuaire par exemple, etc.) ;

Cette partie permet de dresser le portrait du site et d’en présenter le contexte pertinent à la compréhension de son fonctionnement global, intégré dans un projet de territoire et une réglementation spécifique. Cette présentation apporte ainsi un ancrage territorial, réglementaire et stratégique au site, qui permet d’appréhender l’emboitement des échelles pour chacune de ces composantes.

Socle minimal – Présentation générale du site et de son contexte

✔ Présentation du site :

  • Nom, statut et superficie du site

 Sur les petits sites : carte du foncier (mais aussi sur de plus grands sites lorsque la donnée est disponible)

  • Informations géographiques (Lambert 93) : coordonnées et altitude moyennes du site ou en amont et en aval pour les sites étendus,
  • Cadre réglementaire lié au plan de gestion (désignation, réglementation propre au type de site, etc.),
  • Brève présentation de la gouvernance du site.

✔ Présentation du contexte du site :

  • Contexte administratif :

Carte de localisation globale du site présentant les informations administratives (localisation du site au sein de la région, du département, de(s) l’intercommunalité(s)…)

  • Contexte environnemental :
    • Différentes politiques, stratégies et réglementations (déclinées aux différentes échelles territoriales : internationale/nationales/régionales…) dans lesquelles le site s’inscrit,
    • Zonages d’inventaires écologiques, espaces naturels protégés, engagements internationaux (superposant/jouxtant/en lien avec le site),

Carte de localisation du site par rapport aux zonages d’inventaires, périmètres réglementaires, fonctionnalités existantes, SRCE et déclinaisons locales de la TVB… La carte peut être accompagnée d’un tableau pour mettre en avant les enjeux des zonages, leurs gestionnaires, les orientations de gestion…

Milieu physique : diagnostic abiotique

Quelles sont les caractéristiques abiotiques du site et de son bassin versant, ou plus globalement, de son aire d’influence, qui pourraient être en lien avec les éléments écologiques du site ? Quelles en sont les influences potentielles ?

Ce diagnostic doit expliquer l’influence du milieu physique (climat, géologie, pédologie, eau, topographie…) sur le développement des habitats naturels et de la flore, de même que la présence des espèces animales.

Pourquoi mentionner le milieu physique ?

Identifier les différents facteurs qui peuvent influencer le bon fonctionnement des écosystèmes et l’état de conservation des habitats naturels et espèces afin d’orienter les objectifs à long terme.
Récolter des informations en vue de la mise en œuvre concrète des mesures (e.g. pédologie pour la portance des sols en cas d’utilisation d’engins lourds, topographie pour l’accessibilité aux secteurs à gérer, etc. cf. fiche 5.2).
Pouvoir interpréter les données de suivi grâce à une compréhension du fonctionnement global du site et des différents facteurs agissant sur les enjeux.

Enfin, certains ENP ont été désignés pour la conservation du patrimoine géologique (e.g. RN). Aussi, dans ces cas là, les aspects géologiques constituent des enjeux du site à part entière et doivent être identifiés, expliqués et diagnostiqués (état de conservation, menaces, tendance évolutive…) (cf. fiche 2.2).

Comment présenter le diagnostic du milieu physique ?

Quelques exemples d’interactions potentielles de facteurs physico-chimiques avec le patrimoine naturel et les fonctionnalités du site sont fournis dans un tableau (ici) afin d’appréhender l’intérêt de considérer et d’analyser ces éléments.

Réaliser des parties synthétiques et concises ne présentant que les informations nécessaires au vu des habitats/espèces/fonctions en présence, pour chaque domaine pertinent (climat, pédologie, etc.).

Anticiper les changements climatiques – Etat des lieux

Dans le contexte actuel de changements climatiques et son évolution pressentie, il devient primordial de prendre en compte le climat dans sa dimension évolutive. Le PG a en effet l’opportunité de constituer un outil d’adaptation aux changements climatiques et à leurs impacts (cf. fiche 18).

Le diagnostic du milieu physique est ainsi la partie clé de cette prise en compte, où les tendances et les conséquences avérées ou potentielles sur les grands types de milieux ou espèces peuvent être rappelées (e.g. érosion du trait de côte, concentration des polluants de l’eau douce, changement de distribution et de phénologie des espèces spécialistes patrimoniales etc.). Les détails pour chaque habitat et cortèges d’espèces liées, et fonctionnalités seront donnés quant à eux dans les rubriques « facteurs influençant l’état de conservation » / facteurs d’influence déclinés pour les éléments du patrimoine naturel (cf. tableau 1, et fiche 6 pour plus de détails sur les facteurs d’influence).


Risques naturels

Considérant le contexte de gestion adaptative dans lequel le plan de gestion se place, il peut être pertinent de prendre en compte les risques (tels que les risques d’incendies, d’éboulements, d’avalanche, de crues, de glissements de terrain…) (e.g. ONF), tant dans leur historique, que dans leur éventualité. Leurs liens avec les habitats, espèces et fonctionnalités sont alors à mettre en perspective afin d’avoir une vision globale des mécanismes généraux sur le site et de l’influence de ces épisodes sur ces enjeux. La prise en compte des risques naturels dans une approche de sécurité du visiteur est aussi importante pour les ENP ayant une mission d’accueil du public.

Mémo – Intégration des éléments relatifs aux « risques » au sein du PG
En fonction du contexte local du site et de l’avis du comité technique, la partie « risques » peut être insérée à différents niveaux du PG :

  • Diagnostic physique (e.g. nature friable de la roche mère qui peut entraîner des éboulis - constituant des habitats d’intérêt communautaire et habitats d’espèces végétales rares, reptiles ou encore papillons)
  • Facteur d’influence (e.g. inondations : le fonctionnement hydraulique qui influence la nature des habitats naturels)
  • Diagnostic socio-économique (s’il n’y pas de lien entre le risque et le fonctionnement écologique, mais un pour les usagers,: e.g. un pont ou une ancienne mine –sans chiroptères – qui menace de s’écrouler).

Patrimoine naturel : diagnostic écologique

Quels sont les habitats, les espèces de flore, de faune voire de fonge, et les écosystèmes caractéristiques du site ?

Le diagnostic du patrimoine naturel (ou diagnostic écologique) s’intéresse au fonctionnement écologique de l’ensemble du site en lien avec sa périphérie d’influence (bassin versant…), aux habitats naturels le composant, et aux espèces inféodées. Nous développons par la suite les aspects importants à traiter.

Il est essentiel de disposer de prospections de terrain sur des espèces et groupes d’espèces dont la donnée produite pourra être interprétée (espèces bien connues, observation précise et récente, etc.).

Et dans le cadre de PG multi-sites ? - Diagnostic écologique

⇨ Il peut être mutualisé et doit donc être cohérent en termes méthodologiques sur l’ensemble des sites (inventaires, dates de prospection etc.).

Les habitats naturels

Objectif : identifier les habitats naturels présents sur le site tout en considérant leurs potentielles interactions avec ceux à l’extérieur, et les facteurs pouvant influencer leur état de conservation. Ces habitats pourront constituer intrinsèquement des enjeux, ou jouer un rôle fonctionnel pour les espèces à enjeu du site (zone de reproduction, d’alimentation, de déplacement). Attention, l’habitat d’espèce est considéré dans un second temps, au niveau de la partie espèces.

En fonction du type d’ENP ou des enjeux, il est possible de travailler sur une analyse plus ou moins fine du couvert végétal (cf. fiche 2.2).

Il s’agit ici de procéder à :

la description et l’analyse des habitats naturels, de leurs liens fonctionnels, et des facteurs influençant leur état de conservation : synthèse descriptive et surtout analytique, du fonctionnement des habitats naturels entre eux sur le site, et à proximité dans leurs périphéries d’influences respectives.
l'évaluation patrimoniale et l'évaluation de la responsabilité du site quant à la conservation de ces habitats : elle est à considérer aux différentes échelles pertinentes (au niveau biogéographique, national, européen…).
l’évaluation de l’état de conservation des habitats naturels : il s’agit d’évaluer l’état de conservation de chaque habitat au moyen d’indicateurs mesurables ou qualitatifs. L’évaluation peut se baser par exemple sur différents critères tels que la structure du groupement végétal, la composition floristique, les dégradations visibles en ce qui concerne les habitats naturels caractérisés par la végétation (cf. fiche 2.2).

Les espèces (faune, flore et fonge) qui caractérisent le site

Objectif : mettre en exergue les espèces patrimoniales, endémiques, rares/menacées, parapluies, d’intérêt communautaire et leurs habitats etc. les fortes concentrations, les espèces envahissantes…

Il s’agit ici de procéder à :

Identifier les cortèges d’espèces présentes et en cibler les espèces patrimoniales
N.B. : L’ensemble des données d’inventaires faune/flore, interprétées dans le corps du diagnostic, doit être intégré en annexe de l’état des lieux pour éviter de le surcharger.
Désigner les habitats d’espèces : établir les liens entre les espèces et le ou les habitats, à plusieurs échelles (du paysage pour les oiseaux aux micro-habitats pour les insectes, par ex.) et selon les besoins vitaux (aire de reproduction, aire d’hivernage…). Il peut également être intéressant de mettre en perspective ces éléments avec les facteurs abiotiques qui peuvent influencer la répartition des espèces sur le site.

 


Cartographie des distributions des espèces clés

Evaluation de la responsabilité du site quant à la préservation des espèces : l’évaluation de l’importance nationale ou internationale d’un site pour une espèce peut se baser sur les travaux des observatoires du patrimoine naturel etc. (comptages nationaux, internationaux…).
Etat de conservation des populations d’espèces : La réflexion est identique à celle conduite pour les habitats (cf. ci-dessus).

Socle minimal – Diagnostic écologique

Habitats naturels

Cartographie des habitats naturels et descriptif des différents types au moins pour les habitats patrimoniaux

Tableau de synthèse de l’état de conservation
des habitatsd’intérêt patrimonial et surfaces respectives

Espèces

  • Flore

Description des espèces patrimoniales (statuts de conservation et réglementaires, répartition aux différentes échelles…)
 

Localisation de la flore patrimoniale sur le site (localisation des stations)
 

  • Faune

Description des espèces patrimoniales et ou d’intérêt communautaire, besoins en termes de fonctionnalité en se décentrant du site (zones de repos, de reproduction, d’alimentation)

  Localisation des observations d’espèces patrimoniales, sites de reproduction (gîtes, nids, terriers…), d’alimentation ou de chasse, voire de repos : sur le site, et en lien avec les éventuelles zones à proximité liées par leur fonctionnalité (faire figurer les flux…).

Fonctionnalités

  • Description et analyse des fonctionnalités (e.g. liens entre les habitats en présence sur le site, forêts inondées en périodes de crues…)


Diagnostic socio-économique

Pourquoi réaliser un diagnostic socio-économique ?

Il s’agit de mettre en perspective l'évolution des activités, passées et à venir qui ont une influence sur les enjeux, et ainsi, sur les Objectifs à long terme de l'ENP qui vont guider la stratégie de gestion :

  • effets positifs (opportunités, synergies), afin de prévoir leur maintien dans le cadre du plan opérationnel ;
  • effets négatifs (pressions voire menaces), afin de proposer la modification de certaines pratiques.

Il est important de rechercher, dans la mesure du possible, une caractérisation des activités : qualitative, mais également quantitative et spatiale, afin de :

  • recueillir les informations nécessaires pour identifier les leviers sur lesquels agir pour améliorer l’état de conservation des habitats et espèces, et les fonctionnalités,
  • quantifier le plus précisément possible les OLT (au vu des moyens et données disponibles).

Quels éléments pertinents considérer dans un diagnostic socio-économique : quels liens et quelle mise en perspective avec la conservation de la biodiversité ?

Diagnostic de gestion passée et actuelle
Avoir un historique de la gestion passée sur l’ENP et à proximité (e.g. si présence d’exploitations polluantes dans la zone d’influence du site) permet de :

  • Comprendre la configuration actuelle de l’ENP et de ses milieux (bâti, terrils, équipements tels que des canaux, forages, moulins, etc.),
  • Identifier les tendances évolutives en lien avec les activités passées grâce à une analyse de l’occupation du sol à différents pas de temps ou par une analyse diachronique (cf. fiche 2.3).

La gestion actuelle quant à elle permet d’identifier les acteurs en présence et leurs pratiques, et ainsi d’identifier les leviers d’actions pour orienter la gestion (actions à continuer, à modifier, etc.). Il est important de distinguer cette partie du diagnostic socio-économique qui est plus global (il considère l’ensemble des pratiques : également autres que celles de gestion).

✔  Inventaire des activités humaines
Analyse des activités, de leurs tendances évolutives et de leurs effets sur le patrimoine naturel et les fonctionnalités du site  (appuyée dans la mesure du possible sur des données de référence, au-delà du dire d'expert).
Les infrastructures et accès au site

Avec quels moyens ? 

Le recueil d’informations sur les activités humaines peut se faire au travers de différents outils :

  • Consultation : de bases de données, de personnes ressources,
  • Entretiens de visu ou à distance, bilatéraux ou multiples (ces entretiens engagent également la concertation avec des acteurs qui vont peut être siéger à l’instance de gouvernance),
  • Sondages ou études…

Ces différents aspects sont détaillés au niveau de la fiche 2.3.

Mémo – Objectifs du diagnostic socio-économique

  • Identifier les effets positifs et négatifs des activités humaines sur l’état de conservation des enjeux de l’ENP.
  • Obtenir des informations sur les pratiques pour décliner les actions, voire la charte (pour Natura 2000, PNR, PN…) en fonction des opportunités et des menaces ;
  • Informer les acteurs du site de la démarche de PG dans le contexte global de conservation de la biodiversité ;
  • Identifier les acteurs du territoire à associer à la consultation ou concertation éventuelle
  • Relayer aux services de l’Etat la perception et les préoccupations des acteurs.

 

Socle minimal – Diagnostic socio-économique

  • Contenu : Identifier et expliciter les conséquences en termes d'état de conservation et de tendance évolutive des fonctionnalités/habitats/espèces des :

✔ Activités humaines (e.g. pratiques agricoles au sein du site ou à proximité, activités en amont d'un cours d'eau traversant le site, expansion de l’urbanisation, etc.),

✔ Infrastructures au sein de l'ENP (voire à proximité si pertinent), ayant (et ayant eu) une influence directe voire indirecte (positive ou négative) sur les enjeux écologiques, en mettant en perspective leur tendance évolutive.

Ces informations et leur analyse permettront ainsi d'identifier les leviers d'actions pour le gestionnaire afin d’orienter les objectifs.

Diagnostic paysager

Pourquoi réaliser un diagnostic paysager : dans quel cadre est-ce pertinent ? 

Réaliser ce type de diagnostic permet, dans le cadre d’un site destiné à l’accueil du public (en partie ou totalement), de prendre en compte les aspects paysagers lors de la définition des objectifs à long terme et de l’élaboration du plan opérationnel et d’aménagement (ENS, CdL…). Il peut également apporter des orientations quant à la répartition de certaines espèces (e.g. identifier des habitats favorables à la nidification de chauve-souris ou de rapaces nocturnes en répertoriant le bâti, et ainsi détermination de la possibilité de territoire de chasse à proximité etc.) Il peut aussi être une porte d’entrée pour faire accepter ou participer les acteurs locaux qui ont une forte appartenance à un paysage.

Et pourquoi pas ?
Le Conservatoire du Littoral a défini une nomenclature spécifique pour désigner quatre niveaux géographiques emboîtés à considérer dans ses analyses paysagères (cf.
Guide paysage).

Quels éléments considérer ? 

Le paysage s’exprime à travers plusieurs échelles liées à des perceptions différentes. Aussi, il est important de considérer cet emboitement d’échelles dans cette analyse (e.g. le site au sein des grands paysages, puis des unités de paysage). Toutefois, il ne s’agit pas de réaliser une « analyse paysagère » au sens strict, mais d’identifier ce qui fait l’identité du site, les composantes majeures, les éléments patrimoniaux (notamment historiques), les points noirs et les vues remarquables.
Les éléments suivants peuvent être considérés pour alimenter le diagnostic :

  • l’évolution du paysage (en fonction d’un changement de pratiques par exemple),
  • l’intérêt paysager du site au sein de son unité paysagère,
    • Identification des ambiances paysagères et des points d’intérêts : structures des masses paysagères, motifs (arbres isolés, trame bocagère, mosaïque...), couleurs, variabilité saisonnière, contrastes, cônes de vision depuis l’extérieur, panorama de la réserve naturelle vers l’extérieur, points focaux (cascade, sommet, plan d’eau...)

Enfin, le patrimoine historique étant intimement lié au patrimoine paysager, il est également possible d’identifier et considérer : les sites inscrits ou classés, opérations Grand site, monuments historiques, sites archéologiques, petits patrimoines bâtis (ponts, vieux chemins, sources aménagées...) qui contribuent fortement à l’intérêt paysager du site.

L’ensemble de ces éléments permettront ainsi d’orienter les localisations pertinentes pour d’éventuels aménagements, leurs types, etc.

Diagnostic d’intérêt pédagogique et d’accueil du public

Pourquoi ? 

Sur plusieurs types d’ENP tels que les ENS, terrains du CdL, mais aussi les PN... l’accueil du public et les aspects de communication et sensibilisation constituent l’une des finalités du site, et font ainsi l’objet d’un diagnostic dédié. En effet, Il est ainsi nécessaire dans ce cas de :

  • Vérifier la vocation et la capacité ou non du site à accueillir des visiteurs, et le cas échéant, de quel type (public(s) ciblé(s) accompagnés d’un animateur et/ou gestionnaire (e.g. scolaires, personnes en situation de handicap, etc.) ? grand public ? etc.).
  • D’identifier les potentialités de développement d’activités pédagogiques, d’accueil du public en vue d’actions potentielles de sensibilisation (e.g. thèmes exploitables de manière pédagogique en relation avec les différents patrimoines présents sur site, bâtiments propices à l’accueil, etc.).

Comment le réaliser ?


Les méthodes sont multiples, et dépendent notamment du statut du site, du contexte administratif et financier, de sa taille et de sa capacité à accueillir le public, de sa sensibilité, et de l’adéquation de l’accueil du public aux objectifs de gestion. Quelques grandes lignes sont données ici, mais il est conseillé de se référer aux différents cahiers techniques (cf. encart ci-contre) qui ont été rédigés spécifiquement pour ces aspects pédagogiques et d’accueil du public.

Points clés de mise en œuvre – Etat des lieux

Mettre en perspective les éléments des différents diagnostics au regard de l’évolution de état de conservation du patrimoine naturel

✔ Considérer les évolutions de contextes des sites, afin d’estimer des tendances évolutives qui pourront influencer différemment l’état de conservation des enjeux du site.

Réaliser des synthèses en fin de parties (milieu physique, biologique, socio-économique…) permet d’avoir un aperçu rapide de référence, auxquels peuvent se référer les services instructeurs ou les personnes souhaitant prendre connaissance des grandes lignes du document. Ainsi, ces résumés pourront constituer une seconde grille de lecture pour les personnes intéressées, et ils permettront de faciliter le travail lors de la réalisation des documents de communication qui pourront reprendre ces éléments.

 

Bibliographie

AAMP, note interne 2011.

Olivier J., Hendoux F., Gaudillat V. & Deshayes M., (coord.) 2010. Cadre méthodologique pour une cartographie nationale des végétations naturelles et semi­-naturelles terrestres en France (2010­-2018, et au-delà). FCBN, MNHN­SPN, Cemagref, MEEDDM, Paris, 189p.

CdL, 2013. Guide paysages

Aten, CT n° 83 Memento de terrain

Aten, CT n°83. Géologie et son importance dans les milieux naturels.

Souheil H., Germain L., Boivin D., Douillet R. et al., 2011. Guide méthodologique d'élaboration des Documents d'objectifs Natura 2000. Montpellier, ATEN, coll. « Cahiers techniques » n°82. 120 p.

RNF, CHIFFAUT A., 2006. Guide méthodologique des plans de gestion de réserves naturelles. MEED/ATEN, Cahiers Techniques n°79 : 72 p.

AAMP, 2013. Etat des lieux des espèces et habitats marins Natura 2000 en sous-région marine (SRM) Manche-Mer du Nord. Boîte à outils Natura 2000.

De Wever P., Le Nechet Y. & Cornée A., 2006. Vade-mecum pour l’inventaire du patrimoine géologique national. – Mém. H.S. Soc. géol. Fr., 12 - 162 p.

Sordello R., Rogeon G. & Touroult J., 2014. La fonctionnalité des continuités écologiques - premiers éléments de compréhension. Service du patrimoine naturel, Muséum national d'histoire naturelle, Paris. 32 p.

MEDDTL & AAMP, 2012. Guide méthodologique pour la création et la gestion concertée d'une AMP. Document d’accompagnement de la Stratégie nationale pour la création et la gestion des aires marines protégées.

 

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